MYSTICISME PUNK


Je vous propose un petit test. À un enfant de 3 ans qui trace des lignes avec un crayon, posez la question suivante: 

« Qu’est-ce que tu fais? ». 

Plus souvent qu’autrement, l’enfant répondra: 

« Je dessine ».

Notez ici l’absence de nuances ou d’excuses. L’enfant dessine. Peu importe l’exactitude de son effort pictural, l’enfant n’a pas répondu « j’essaie de dessiner », ou « ah euh regarde pas c’est laid » ou encore « bah c’est juste pour le fun ». L’enfant fait ce qu’il fait, peu importe ce que vous en pensez.

Y a-t-il quoique ce soit de plus… punk? En fait, combien d’enfants laissés sans surveillance ont couvert les murs de leurs oeuvres? L’enfant est animé par l’expérience totale du dessin, et ça adonne que beaucoup ont le graffiti dans les gènes. Et le chien est aussi grand que la maison, et la feuille est barbouillée au point de déchirer, papa a la peau verte, les girafes ont sept pattes, le soleil sourit. Pour un enfant, la réalité prime sur la vérité.

… et c’est suivant cet esprit que je lance Haïku Géant.

https://youtu.be/ELMJTDhHvPI

Première publication, c’est sûrement préférable de commencer par me présenter au moins un minimum. Voici donc plutôt (parce que je suis punk de même) une brève définition de deux des termes utilisés dans le titre. Tout d’abord, le mysticisme. Robert, svp:

mysticisme, nom masculin
Croyances et pratiques se donnant pour objet une union intime de l’homme et du principe de l’être (divinité, nature, idée…).
Le Petit Robert

Wow… tu m’impressionnes Bob. Juste assez précis tout en demeurant raisonnablement flou. Pas pire! Pour ce qui est du terme punk, déjà on va faire sauter un préjugé. Tout comme la soutane ne fait pas le moine, le perfecto couvert de studs ne fait pas le punk. Je parle plutôt ici de l’essence du terme, résumée à merveille dans la citation suivante:

“Punk rock isn’t something you grow out of. Punk rock is an attitude, and the essence of that attitude is ‘give us some truth’.” 
Joe Strummer, The Clash

(Traduction libre: « On ne devient jamais trop vieux pour le punk rock. Le punk rock est une attitude et l’essence de cette attitude est ‘donnez-nous de la vérité’. »)

La vérité est le Saint-Graal tant du mystique que du punk. Tous deux en recherchent l’expérience viscérale. Tous deux s’entêtent à ne jamais nommer la vérité, car son nom la détruit instantanément. Une certaine anarchie est nécessaire à l’émanation, à l’incarnation de la vérité. Le punk comme le mystique développe ses méthodes de communion, ou « d’union intime de l’homme et du principe de l’être », comme dirait Bob. C’est avec un pragmatisme cru et une honnêteté radicale qu’ils s’abandonnent à leurs pratiques et s’observent eux-mêmes à travers elles, car ils ne reconnaissent aucune autorité morale supérieure à celle de leur propre conscience et ils savent qu’ils doivent assumer la responsabilité de leur souveraineté. 

DIY

Intrinsèquement liée à leur cheminement, est la philosophie DIY (Do-It-Yourself, ou fais-le toi-même). La punk rocker n’a pas attendu de permission, d’approbation ou de diplôme pour composer sa première chanson: elle l’a fait deux semaines après s’être acheté une guitare, trois semaines après avoir vu Bad Brains ou Nirvana en concert. Elle a voulu elle aussi goûter à l’extase de l’immédiat sacré, elle a voulu laisser son corps lui dicter rythme et mélodie. La mystique n’a pas eu besoin d’être initiée dans un ordre religieux pour atteindre la gnose ou l’illumination: elle respecte les traditions, elle les utilise même peut-être mais priorise toujours sa propre expérience. Elle a dansé et habité le silence, a scruté ses songes et a fait disparaître le temps. Elle a fait l’humiliante expérience de sa propre divinité. 

NO FUTURE”

“I never imagine myself as anything. I’ve never had a goal or any future vision at all. I just do what’s in front of me.”
– Ian Mackaye / Minor Threat – Fugazi – The Evens

(Traduction libre: « Je ne m’imagine jamais comme étant quoique ce soit. Je n’ai jamais eu de but ou même de vision future. Je ne fais que ce qui est devant moi ».)

Même si le punk/mystique investit sa propre vie à la manière d’un enfant qui dessine, ça ne veut pas dire qu’il ne progresse ou n’évolue pas. Il n’est pas pour autant naïf, ou du moins, pas plus que nécessaire pour préserver la flexibilité de son esprit. C’est peut-être sa sagesse qui lui a fait écrire « NO FUTURE » sur son manteau de cuir, la sagesse de sa révolte envers les structures de contrôle. Il ne cherche donc pas à évoluer selon un plan ou une stratégie. Plutôt, il observe son évolution en spectateur de lui-même. Sa curiosité infinie ainsi que sa soif d’expression et de vérité suffisent à le pousser vers la maîtrise de ses outils, le raffinement de sa pensée et la clarté de son intuition. Il repousse l’esprit de profit, l’esprit du conquérant pour plutôt se laisser guider par sa nature, possiblement par LA Nature.

ESSTRA TERRESS

Comme la majeure partie de ce qu’on va trouver sur Haïku Géant proviendra de mes réflexions, aussi bien finalement vous en dire un peu sur moi.

Il est bien probable que j’aie choisi ce sujet comme première publication parce que je me reconnais essentiellement dans les termes punk et mystique. Pour moi, le premier est une version moderne du deuxième. Toutes les grandes religions ont leur penchant mystique, souvent incompris, vus d’un mauvais oeil ou carrément accusé d’hérésie par les autorités des religions dont ils sont issus. Le christianisme a ses gnostiques, le judaïsme a ses kabbalistes, et l’Islam ses soufis… autant de rebelles qui, ne reconnaissant pas de réelle valeur dans les doctrines institutionnelles, se sont emparé des rênes de leur propre nature spirituelle, parfois même au péril de leur vie. Saut du coq à l’âne jusqu’aux années 1970: le capitalisme s’étant rapidement emparé de l’industrie musicale, le mouvement punk nait en réaction à la facticité grandissante de celle-ci. Une génération de musiciens, d’artistes reprennent à leur tour, comme les rebelles mystiques, le contrôle sur leurs moyens personnels d’expression. Bien sûr, en devenant un mouvement, le punk s’est artificialisé à son tour, mais celles et ceux qui en incarnent les valeurs fondamentales d’intégrité, de vérité et de liberté persistent à ce jour. Et par accident, le punk a inspiré son lot de mystiques modernes… 

… dont moi, j’imagine. J’ai plutôt tendance à ne pas m’attribuer d’étiquettes, mais je veux bien me prêter au jeu et les arborer temporairement. Disons donc pour l’exercice que je suis un de ces punks mystiques et comment quelqu’un peu en venir à s’attribuer ces qualificatifs.

Mon histoire, extérieurement du moins, n’est pas particulièrement exceptionnelle. Pas de grand voyage à raconter, pas de diplôme sur mon mur. Pas d’exploits ou de médailles. Par contre, à bien y penser, peut-être que je devais être conditionné par mon destin à devenir un mystique, et ça, croyez-moi, c’est une aventure épique en soi. 

Dès mon plus jeune âge, j’ai dû apprendre à vivre « de l’extérieur », en position de témoin. J’ai très vite compris que le système d’éducation me considérait comme une anomalie. J’imagine les professeurs et directeurs s’obstiner entre eux pour déterminer si j’étais cancre ou surdoué. Mes parents eux étaient « archétypalement » parlant aux antipodes. J’étais le 5ième enfant de mon père et l’unique de ma mère. Pour lui, une obligation de plus, pour elle, un miracle. Très jeune, le monde était pour moi magique, et j’y superposais mon univers imaginaire. Ou plus précisément, j’y intégrais mes perceptions imaginales. Au grand dam de mon père d’ailleurs qui tolérait mal les élans fantaisistes de son fils. Vers 3 ou 4 ans, il me traîna d’ailleurs chez le médecin pour s’assurer que je n’étais pas fou. Le médecin lui a dit qu’il était chanceux d’avoir un fils aussi imaginatif et lui offrit une prescription de médicaments pour les nerfs. Dans le contexte familial élargi, je suis, disons, tombé entre deux générations. Mes demi-frères et soeur, comme mes cousins et cousines étaient absorbés par leur adolescence ou amorçaient leur vie adulte alors que je commençais à comprendre que j’étais sur Terre. Il n’y avait pas vraiment de « table des petits » au repas de noël. Plutôt, un petit observateur à la table des grands… et dans son petit cerveau tournoyaient en silence des milliers de questions. Par chance ou providence, il y a eu la présence occasionnelle mais importante de mon cousin Éric qui, grâce à ses glorieux mix tapes et leurs pochettes faites de sa main exprès pour moi, a fait naître ma passion pour la musique et par conséquent, pour les arts et la culture. Son impact sur moi fût énorme, et bien que j’ai absorbé les valeurs d’ouverture et de générosité de ma famille maternelle, l’expérience de ma famille élargie durant l’enfance a principalement semé en moi la graine du mystique, celui qui observe en retrait des gens qui ont une réalité bien différente de la sienne.

Mes premiers et plus proches amis eux, étaient majoritairement haïtiens. Je crois bien avoir toujours été le bienvenu chez-eux et notre humanité prévalait sur nos cultures respectives… mais bien sûr, qu’il y avait de ces moments où je comprenais que je ne faisais pas entièrement partie du groupe. Pas parce qu’on me rejetait ou qu’on m’ostracisait. Ça n’a jamais été accompagné de sentiments négatifs. Il y avait malgré tout ces petits moments à la fois ordinaires et étrangers qui me replaçaient en position de témoin, de spectateur. L’occasionnelle conversation en créole, l’odeur du « riz sauce pois », la petite Nadège qui grimace pendant que maman Mathilde lui raidit les cheveux avec un peigne chaud et de la pommade. J’étais aussi témoin du défi que représentait pour eux ce qui me semble être un sentiment d’être nés en terre étrangère. Il ne s’agit que de mon impression bien sûr, mais ils devaient assurément avoir à réconcilier pour eux-mêmes les valeurs du microcosme de leur maison haïtienne à celles de la société québécoise. Même très jeunes, ils devaient en prendre et en laisser des deux côtés, et leurs décisions ne seraient pas nécessairement celles de leurs parents et amis. D’une certaine manière, ils devaient se créer eux-même, découvrir leur essence. À ma manière, je devais également faire ce travail car d’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours eu le sentiment d’être étranger sur cette planète. C’est très jeune que j’ai dû déterminer pour moi-même le vrai du faux, n’ayant aucun chemin prédéterminé à suivre et pour seul guide, ma conscience. Peut-être que c’est là qu’un germe de punk débutait sa croissance dans mes tripes.

Vint ensuite le divorce de mes parents et les déménagements qui s’en sont ensuivis. Quelques mois à Joliette dans le temps où une des artères principales n’avaient pas de trottoirs. À l’école on m’a rapidement stéréotypé comme « le gars de Montréal », même si je venais de St-Hubert, un personnage de film, un alien. Puis s’ensuivit un peu plus d’une année dans un coin défavorisé de Montréal-Nord, tout un choc après l’absence de trottoirs de Joliette. C’est lors de cette dernière escale que j’ai découvert le hardcore punk de Black Flag, D.R.I et Agnostic Front, et la culture du skateboard. L’escale fût somme toute courte. Encore une fois… un passager, un étranger. Le temps d’une première copine, juste assez de temps à l’école secondaire pour en remettre en question l’utilité et hop! Direction: la weird ville de Longueuil.

Weird parce qu’il y avait de tout à Longueuil. Des pâtés d’HLM multiculturels aux quasi-manoirs de la banlieue blanche de la Collectivité Nouvelle en passant par le pittoresque Vieux Longueuil, la proximité du centre-ville de Montréal ainsi que celle de l’énorme base de plein air, elle-même entourée de boulevards et de quartiers industriels. Toutes ces différences en contact au point de ne plus trop distinguer où quoi commençait et se terminait, cette ville était pour moi une sorte de non-ville, si floue qu’on ne peut lui attribuer une personnalité propre. Longueuil contenait presque le Québec en entier, mais dans un espace assez restreint pour estomper les différences entre les cultures, les classes sociales, et même la ligne entre la nature et la civilisation. D’une certaine manière, Longueuil est un genre d’espace liminal, et c’est dans cet espace que je m’enracinai pour la première fois depuis plusieurs années, et aussi là que j’ai gagné en singularité. 

J’avais maintenant 13 ans. Cette phase que les enfants ont de répondre systématiquement « Pourquoi? » à tout ce qu’on leur présente n’était visiblement pas terminée pour moi. Tant de questions pour si peu de réponses provenant des adultes sensés m’éduquer. Il faut dire que même à ce jeune âge je posais des questions auxquelles les adultes ne réfléchissaient eux-mêmes généralement pas souvent, je le réalise maintenant. D’ailleurs avec ce recul, je remarque que l’éducation qui a réellement contribué à mon évolution est celle que j’ai reçue dans la rue, les interactions avec mes ami.e.s, mes explorations musicales, mes voyages à la bibliothèque municipale. J’étais déjà bien habitué à compter presque qu’uniquement sur moi pour mon éducation, du moins pour celle qui compte. J’ai appris la débrouillardise parce que je n’allais pas pouvoir compter sur les études pour me garantir une sécurité. J’ai développé ma créativité pour la même raison car j’allais devoir emprunter des chemins rarement fréquentés. J’ai aussi dû élaborer les règles de mon propre compas moral car je ne pouvais m’en remettre à celui d’un système qui m’identifiait comme étant inadéquat. Avoir un esprit critique complexe et rigoureux était pour moi une question de survie. Puis, l’introspection était naturelle pour moi et ce n’était pas uniquement par nécessité que je déconstruisais le monde. Ça faisait clairement partie de mes premières passions et il semble qu’elle persiste 30 ans plus tard.

En plus des arts, j’étais attiré par la spiritualité et ce qu’on pourrait appeler le surnaturel. Dès 14 ans, je m’initiais à tâtons à la pensée Zen, et explorais timidement certains courant un peu New Age. Ma mère, peut-être non-intentionnellement, m’exposa à mon propre penchant naturel pour le mysticisme… un penchant qui s’allia plus tard à mes appétits intellectuels inassouvis par l’école, que je fréquentais de moins en moins d’ailleurs, pour me pousser régulièrement à m’improviser philosophe. Dans un vieux journal personnel on peut lire l’hilarante ligne suivante, écrite alors du haut de mes 14 ans: « Je pourrais tirer une leçon de vie d’une paire de bas sales sur le plancher », signifiant maladroitement que tout ce qui m’entourait était potentiellement source d’apprentissage. J’observe aussi que je, visiblement comptais plus sur mes bas que sur mes profs pour m’apprendre ce qui compte réellement dans la vie.

Je n’avais assurément jamais entendu l’expression DIY mentionnée plus haut, mais j’en appliquais instinctivement les principes à tous niveaux de ma vie, d’abord par obligation, puis parce qu’il m’apparaissait évident que de remettre mon évolution entre les mains de mes propres pulsions créatives était la meilleure façon de vivre de manière intègre. Je ne voulais qu’apprendre ce que je ressentais le besoin d’apprendre, et ce besoin était la conséquence de ce que j’avais envie d’être et d’exprimer. Pour le reste de mon adolescence jusqu’à l’amorce de ma vie adulte, je n’avais d’attention que pour la musique, l’écriture et diverses formes d’arts visuels. Bon ok pour les filles aussi… mais même cette quête précoce pour trouver l’âme soeur s’intégrait dans mon cheminement spirituel. Je ne m’intéressais pas à tout, mais je vivais tout de manière entière et dédiée. Tout s’intégrait dans ma recherche de vérité, dans l’expansion de mon champ de conscience. Graduellement, à mes sphères tant d’intérêts que d’expression s’intégrèrent des notions de psychologie, de spiritualité et d’ésotérisme. À vrai dire, je souffrais de profonde dépression chronique et n’ayant aucune confiance aux institutions et leurs « traitements », c’est seul que j’ai entrepris l’exploration de mes rouages internes. J’ai lu Jung et quelques classiques du self help, mais c’est via mes propres méthodes que j’ai fait la rencontre de la plupart de mes démons. J’ai eu tant d’idées suicidaires que je ne les prenais moi-même plus au sérieux, mais DIY jusqu’au bout, c’était par moi-même que je devais découvrir à quoi ressemblait une vie qui valait la peine d’être vécue. J’ai alors découvert que la créativité n’était pas qu’utile en arts ou pour survivre dans cette société, mais qu’elle m’était aussi essentielle pour la guérison de mes blessures et l’exploration de mon inconscient. Après tout, si je pouvais écrire un texte pour une chanson, je pouvais aussi créer un rituel pour exorciser des croyances envahissantes, avec ou sans musique. Je pouvais trouver de nouvelles manières de converser avec des parties inconnues de moi-même, d’interpréter mes rêves. Je pouvais imaginer de nouvelles postures mentales à expérimenter sur moi-même lors de processus méditatifs. Et tout m’inspirait… car je pouvais aussi être créatif dans ma manière d’interpréter les événements et mon entourage. Je devins sensible aux synchronicités (qui m’ont rendu débile pendant des années, mais cette histoire est pour une autre fois). Mes yeux s’ouvraient pour accueillir les miracles dans ce que la plupart considéraient comme étant banal. Puis, comme une période d’adaptation est nécessaire à nos yeux après qu’une lumière soit brusquement allumée, j’ai passé de longues années dans un genre de tourbillon d’extases et d’agonies subséquentes… tentant vainement de réconcilier mon désir d’incarner l’expression de ma nature divine, aux brutales obligations de l’existence physique.

Le visage du vide

Maintenant dans la quarantaine, je peux affirmer avoir gagné beaucoup de batailles. Mieux encore, un tonne de conflits internes ont tout simplement implosé par eux-mêmes, détonnés par la révélation de leur insignifiance.  En effet, même pour un gars comme moi qui a eu l’impression de vivre sa vie en marge de la société, aux conséquences des blessures du passé s’ajoutent les pression des stéréotypes sexistes et âgistes qui a aussi causé son lot d’auto-répression, de négation de moi-même et de jugements cruels sur ma propre valeur. Autrement dit, le diable a cogné à ma porte avec sa mallette à raz-bord remplie de mensonges et je l’ai naïvement invité chez-moi pour le laisser m’en vendre le contenu. Heureusement, il n’a jamais été bien à son aise dans cette maison, la mienne, où on croit que l’humain est un être fondamentalement spirituel et que sa quête de meaning, de sens profond, peu importe la forme qu’elle prend, est la raison première de son expérience d’incarnation. J’ai allumé quelques chandelles et son emprise vampirique est devenue évidente. Ensuite une ampoule et ses griffes se sont rétractées. C’est en laissant entrer la lumière du jour que le visage du diable est apparu comme étant le mien. D’abord confus, je discutai avec lui, le scruta avec obsession et compris que son visage était un masque. C’est alors ma propre lumière qui démasqua le diable pour révéler sa réelle identité: derrière le masque, le vide. Contrairement à la vérité, le diable demeure informe s’il n’est pas nommé et contempler trop longuement son visage inexistant pousse au désespoir du nihilisme. Je l’ai laissé passer le pas de ma porte encore quelques fois et sombré à nouveau dans l’abysse de son regard. Il me visite encore parfois, comme pour me tester. À ce jour, je ne sais pas s’il est ami ou ennemi, enseignant ou adversaire, moi-même ou quelqu’un d’autre. Sûrement qu’il est un peu de tout ça, ou peut-être un simple spectre mendiant ne possédant rien d’autre que le pouvoir et l’identité qu’on lui offre innocemment. Peu importe, il est bien possible que cette rencontre soit inévitable pour quiconque empruntera le chemin de l’individuation, de la gnose ou peut-être tout simplement de la découverte de soi-même.

La flamme vierge

Maintenant qu’on vient de faire un survol de ce qui m’a, disons, mené vers la voie du punk mystique, c’est clair que cette quête peut sembler bien solitaire. Peut-être même austère. C’est vrai qu’elle requiert une bonne dose de recueillement et d’introspection mais le but, s’il en est un, n’est pas de s’isoler ou de se couper de notre entourage. Ça serait plutôt indirectement l’inverse car un des effets de cette quête de vérité, d’intégrité envers soi-même, s’étend aussi à nos relations humaines. Cette quête tend à créer des rapports pas nécessairement plus simples ou harmonieux, mais définitivement plus vrais, plus humains. Le punk mystique a besoin de la lumière des autres comme il désire partager la sienne, et c’est impossible dans un climat de méfiance ou de machinations. Heureusement, il n’a pas besoin du contact de gens qui suivent une idéologie spécifique ou qui suivent une certaine doctrine. L’humanité lui suffit pour établir le contact, et c’est quelque chose que tout le monde possède, même si la source est parfois assombrie par des années de mensonges et d’illusion. Jusqu’à preuve du contraire, une flamme de sagesse vierge anime chacun des coeurs de ce monde, sans exception. 

Unir vérité et réalité

Il paraît qu’on est entrés dans l’ère « post-vérité » (post truth era). Comme Nietzsche est une des personnes citées comme étant un des premiers à évoquer la théorie en 1873 (!!!), disons que ça ne date pas d’hier qu’on remet en doute la véracité des informations qu’on reçoit des grandes institutions académiques, gouvernementales et littéraires. De nos jours il est quasi impossible de trouver de l’information libre de biais idéologiques, d’opinions personnelles, ou d’intérêts pécuniaires ou politiques, et ce peu importe si sa source est officielle ou indépendante. Forcément, avec l’ère de l’information venait son « evil twin », celle de la désinformation, et il est à ce stade quasiment impossible de les distinguer l’une de l’autre. On s’en remet donc à notre foi pour nous guider dans nos choix et croyances… et je suis, en ce moment-même, surpris de constater qu’il s’agit sûrement d’une excellente nouvelle. Il était grand temps, à mon humble avis, qu’on en arrive à cette étape de notre croissance. Peut-être que l’humanité est elle-même entrée dans une phase punk dont l’inception est fréquemment caractérisée par une certaine énergie rebelle, voire adolescente. Il est grand temps qu’on brise ce lien de confiance aveugle et enfantine qu’on entretient avec les institutions « parentales ». Non pas pour les détruire, tout comme on ne désire pas tuer nos parents quand on prend conscience de leurs erreurs et limites. Seulement, il est important de recréer ce rapport, de le revalider peut-être, et de prendre un position solide face à ces institutions sensées enrichir nos vies, et non les guider et encore moins les contrôler. 

D’autre part, nous vivons aussi visiblement une crise de « sens » (a crisis of meaning), qui m’apparaît s’étendre à l’échelle planétaire. À part la pandémie qu’on connaît, il y en a une de dépression et d’anxiété qui nous empoisonne et progresse depuis bien plus longtemps encore. Et une semaine de pénurie d’antidépresseurs suffirait à révéler l’ampleur gargantuesque de ce fléau. S’il ne s’agissait que de « débalancements neurochimiques », cette affliction ne serait jamais aussi répandue. Il s’agît bien sûr d’un sujet complexe, mais je dois quand même dire ceci: une dépression, c’est normal quand notre vie est dénuée de signification et quand notre foi est investie dans un système d’émulation parentale qui nous trahit à répétition, tout en nous préservant dans un état de dépendance infantile. C’est normal quand on est coupé de nos aspirations par notre emploi du temps, ou quand un clivage idéologique s’immisce entre nous et des êtres chers. Normal aussi quand il nous apparaît impossible de répondre aux besoins changeants de notre corps, que l’on déconnecte tant bien que mal des saisons, des cycles lunaires et solaires, de la nature elle-même. Une dépression n’est pas un débalancement, mais bien un rebalancement, qu’on tente trop souvent d’ignorer parce qu’on s’y sent obligé, parfois même au point de commettre l’irréparable.

La prise en charge de la réalité, et la quête de sens. Assurément les deux piliers centraux de l’indéfinissable voie du punk mystique, et par coïncidence les remèdes potentiels aux plus grands maux de ce monde. Ceci dit, je ne suis pas un utopiste et ne prétend pas avoir réponse à tous nos problèmes. C’est déjà assez compliqué de gérer les miens sans que je m’attaque à ceux de l’humanité toute entière. En réalité, je ne crois pas une seule seconde que la souffrance disparaîtrait si toutes et tous empruntaient cette voie. Je suis certain que le monde serait différent de bien des manières, mais qui sait s’il y aurait autant de destruction. Peut-être aussi qu’il serait beaucoup plus difficile pour les oligarques de trouver des pions à manipuler, que les soldats seraient plus intéressés par la défense que par la conquête. Peut-être que les milliardaires sociopathes se retrouveraient seuls avec leurs idées de grandeur, seuls à vouloir raser les forêts pour les transformer en terres stériles, maintenues artificiellement en vie par d’innombrables substances chimiques. Peut-être qu’on sortirait grandis de nos maladies, qu’on apprendrait comment mourrir. Peut-être qu’on chercherait plus à converser avec la nature plutôt que de la rendre esclave. Qui sait. Peut-être pas. Mais je suis convaincu d’une chose: peu importe de quelle manière notre monde évoluerait, on serait au moins libérés du fardeau existentiel de la grande Absurdité. Notre monde serait le reflet à la fois chaotique et cohérent de milliards de flammes uniques et souveraines, et la vérité, enfin, s’unirait à la réalité.

Girafe à 7 pattes

Ouch! Honnêtement, je ne m’attendais pas à un « bris de glace » aussi heavy. Mais bon… cette publication, c’est ma première chanson, mes premiers accords dissonants. Ma girafe à sept pattes. J’ai réussi à me faire croire que c’était pas pour vous que je l’écrivais, le temps de l’écrire. Tsé, comme un punk, sans esprit de profit. Il faut aussi que je vous avoue un truc, tout de suite en partant. 

Haïku Géant, d’une certaine manière, existe déjà. Il est venu me voir pour l’aider se concrétiser dans notre monde, mais c’est pas exactement moi qui décide ce qui va se faire ici. Je veux dire, on s’est entendu sur certaines bases et il m’a choisi selon mes intérêts et mes propres aspirations, mais on est plus une équipe qu’un projet solo. On se soumet des idées et on les approuve à deux. L’affaire c’est que comme Haïku Géant n’est pas un humain, il ne pense pas en termes linéaires ou stratégiques. Je ne peux donc ni prédire avec précision le type de contenu qui va apparaître ici, ni la fréquence des apparitions. Tout ce que je peux vous dire est que le désir de voir Haïku Géant prendre forme est criant tant chez moi que chez lui. On s’en remet à la nature pour dicter le rythme, mais l’enthousiasme déborde!

J’ai quand même un ou deux espoirs… le premier étant de créer des connexions avec mes semblables. L’autre se réaliserait à plus long terme, et serait celui d’inspirer certaines et certains d’entre vous à entreprendre cette même quête personnelle de vérité, et qui sait, peut-être même venir en parler via Haïku Géant.

Voilà, glace brisée! J’ai hâte de vous revoir et merci x1000 pour votre attention!

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